Voyage au bout de l’enfer

Photo : Frédéric Côté, Imacom

Par Marie-Christine Bouchard, La Tribune

(Sherbrooke) Le Dr Marc Dauphin a déjà vu les pires blessures physiques qu’un être humain puisse imaginer. Son record : 31 traumatismes majeurs en une seule journée. Des jambes arrachées, des bras sectionnés, des blessures causées par des balles à haute vélocité… les histoires d’horreur se sont comptées par milliers en Afghanistan. Pourtant, quand il reçoit des patients dans son bureau aujourd’hui, le médecin militaire tient encore à guérir les bobos et les douleurs de ceux qui s’assoient devant lui avec confiance, que la douleur soit grande ou petite, que la blessure soit grave ou non.

«Quand on est un jeune médecin, on perçoit les gens comme des cas. On veut voir des bons cas, des cas intéressants… Mais quand on vieillit, on apprend à voir les gens comme des personnes», explique-t-il.

Marc Dauphin s’est enrôlé dans les Forces canadiennes (FC) pendant ses études. Par la suite, il a poursuivi sa carrière dans différents centres hospitaliers civils de Mont-Joli, Rimouski, puis finalement Sherbrooke, tout en gardant des liens plutôt étroits avec différentes unités de réserve, notamment la 52e Ambulance de campagne de Sherbrooke.

De 1991 à 2008, ce sont des milliers de patients estriens qui ont bénéficié de ses soins alors qu’il a oeuvré dans les salles d’urgence de Saint-Vincent-de-Paul, de Windsor puis de l’Hôtel-Dieu, avant de finalement atterrir à la Clinique des médecins d’urgence.

En 2006, devant le manque flagrant de médecins spécialistes en Afghanistan, le Dr Dauphin a été appelé par les FC. Serait-il partant pour faire une mission en théâtre de guerre? Que oui, il l’était!

En 2007, il s’envole donc pour l’Allemagne où il a pour rôle de stabiliser les blessés canadiens de l’Afghanistan, qui transitent par ce pays avant de rentrer au Canada quand leur état le permet. Une belle expérience, très exigeante, qui allait ensuite être suivie d’une autre, encore plus importante. En 2009, Marc Dauphin devient le commandant de l’hôpital miliaire de la base militaire de Kandahar pendant la rotation 7, qui allait plus tard être surnommée «la roto de l’enfer».

«Pendant cette période, j’ai vu 1200 traumatismes majeurs. Dans une seule journée, je voyais plus de blessés que dans toute une semaine quand j’étais au CHU, à Sherbrooke. C’était un rythme infernal, un travail épuisant», affirme-t-il.

Après des mois de ce rythme fou, le médecin est revenu au Québec blessé dans son âme: il souffrait d’un choc post-traumatique.

«Accepter cette condition, c’est difficile pour un militaire. À mon retour, je n’avais plus le goût de rien. Ça m’a pris du temps pour me remettre de cette mission. Aujourd’hui, deux ans plus tard, ça va mieux», assure-t-il.

Maintenant, le major travaille comme médecin-chef dans une base militaire à Saint-Jean-sur-le-Richelieu.

Il a enfin plus de temps pour lui et pour sa famille. Il a notamment repris la plume en compagnie de son épouse Christine pour peaufiner la suite de son premier roman, L’anneau de Gabriele, et a aussi écrit en anglais le récit de son expérience en Afghanistan, un récit de guerre qu’il espère bien voir publié en 2012. Le Dr Dauphin a aussi inspiré le personnage principal de la série américaine Combat Hospital.

Puis quand viendra l’heure de la retraite – obligatoire dans les FC à l’âge de 60 ans – il reviendra s’établir à Sherbrooke, cette terre d’accueil où il se sent chez lui. «J’ai plein de projets. Je ne m’ennuierai pas!» assure-t-il, un grand sourire sur son visage.